Tout juste un an après son arrivée à la tête de la préfecture du Doubs, Rémi Bastille balaie les principaux dossiers que les services de l’État auront à aborder cette année dans le Doubs. Avec une actualité chaude parmi d’autres, la lutte contre la criminalité liée aux trafics de stupéfiants.
La violence liée aux trafics de stupéfiants s’amplifie, et gangrène jusqu’au centre-ville de Besançon. Comment réagissez-vous ?
Rémi Bastille : Ce qui s’est passé à Besançon avec des tirs à la kalachnikov est un fait aussi exceptionnel qu’intolérable. Ce sujet des tirs n’est pas complètement nouveau, hélas, et c’est un sujet national qui justifie que le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux en aient fait leur priorité numéro 1 de l’année. La montée en puissance des réseaux criminels liés au trafic de stupéfiants nécessite ici dans le Doubs comme ailleurs un travail en profondeur, c’est ce que nous avons engagé ici depuis plusieurs années. De gros efforts ont été employés à Planoise notamment pour reprendre en main la situation et éradiquer de nombreux points de deal. Il en reste quelques-uns, trois ou quatre, mais bien sûr que l’objectif est de les éliminer tous. Tout en sachant que les modes de trafics ont beaucoup évolué et nécessitent des moyens d’enquête différents. À Planoise par exemple, il faut aussi voir le positif, cette lutte sans relâche contre ce fléau a permis une forme d’apaisement depuis quelques mois. Les forces de l’ordre et la police ne relâchent pas leurs efforts contre un trafic qui est bien réel. L’an dernier dans notre département, le nombre de mis en cause pour trafic a augmenté de 40 % par rapport à l’année précédente.
Les opérations dites “place nette” sont-elles vraiment efficaces ?
R.B. : Elles sont efficaces quand elles sont adossées à des procédures judiciaires. Il ne faut donc pas les faire n’importe quand, mais uniquement quand le travail des enquêteurs les rend pertinentes. Il y en a déjà eu deux à Planoise, une dans le secteur de Montbéliard, une à Battant qui nous a aussi permis de contrôler les commerçants dans un quartier qui a exprimé ses attentes en matière de présence des forces de l’ordre. Nous allons continuer à conduire de telles opérations. Dans le Doubs, il n’y a pas de quartiers ou de secteurs à l’abandon.
Où en est la F.A.R. (Force d’action républicaine) annoncée à grand renfort de communication il y a plus d’un an ?
R.B. : Tout le monde aura remarqué qu’avec les différents changements de gouvernement, le portage politique de cette opération a été quelque peu chamboulé. Mais sur le fond, au service du territoire, l’essentiel des actions contenues dans ce programme F.A.R. sont conduites. Le travail de diagnostic sur les enjeux de Planoise a été conduit et il a permis de cibler les forces et les faiblesses de ce quartier, de lancer des actions dans le cadre de la cité éducative (qui sera bientôt étendue à tous les quartiers prioritaires de la ville), sur le plan de la santé avec l’A.R.S., etc. L’annonce phare est évidemment la création d’un nouveau commissariat à Planoise. Les études ont été faites, l’aspect foncier réglé, il faut désormais que ce projet à 10 millions d’euros soit calé dans les prochains budgets du ministère de l’Intérieur.
La sécurité reste la préoccupation principale des habitants. Quels sont les derniers chiffres de la criminalité à l’échelle du Doubs ?
R.B. : En volume, on constate que les faits augmentent un peu chaque année. En 2024, on a enregistré une augmentation de + 5,7 % des faits de délinquance. Si on entre dans le détail, on constate que les atteintes aux biens (cambriolages et vols) sont stables, voire en légère régression, et d’un niveau très en deçà de ce qu’il était il y a encore dix ans. En revanche, on déplore une augmentation très forte des faits d’atteinte à l’intégrité physique dans la sphère familiale ou la sphère des relations proches. Quelle part est liée à la libération de la parole des victimes, à la tolérance plus faible de la société vis-à-vis de ces violences ou une réelle augmentation des faits ? C’est plus difficile de le savoir.

En chiffres, que représentent ces violences ?
R.B. : Les violences intrafamiliales ont augmenté de + 8,2 % en 2024, avec plus de 4 000 faits constatés à l’échelle du département. Les violences sexuelles, elles, ont bondi de + 37,9 %, avec plus de 800 faits constatés. Cela dit sans doute aussi à quel point la société a été aveugle jusqu’ici par rapport à ces violences dont la lutte est une priorité toujours plus affirmée.
Fermons le chapitre sécurité avec le volet routier. Certains s’étonnent que le préfet du Doubs n’ait toujours pas ordonné la remise en service des radars qui quoi qu’on en dise participent à la baisse de l’insécurité routière. Qu’en est-il ?
R.B. : Je suis dans la situation de tous les préfets de France : l’entretien et la réparation des radars font l’objet d’un marché public et les détériorations de ces radars, on l’a vu encore récemment avec la colère agricole notamment, sont encore nombreuses. La remise en état des radars ne va sans doute pas aussi vite qu’on le souhaiterait mais une chose est sûre, ils seront remis en état et je n’ai aucune tolérance vis-à-vis de ces faits-là. Quant aux chiffres de l’insécurité routière, ils ont été stables en 2024 avec 26 tués sur les routes du Doubs, comme l’année précédente. À ce niveau-là, on atteint une sorte de palier en dessous duquel il devient difficile d’agir. On est évidemment bien loin des 170 morts par an constatés sur nos routes dans les années soixante-dix. La prévention et les radars ont bien sûr montré leur efficacité.
Vous avez fait de l’emploi et de l’activité économique une autre grande priorité de cette année 2025. Que peut faire l’État à l’échelle du Doubs pour lutter contre une conjoncture économique qui s’annonce compliquée ?
R.B. : Le rôle de l’État en matière économique est d’accompagner le mieux possible les entreprises. On constate dans le Doubs que plusieurs facteurs conjoncturels se conjuguent avec des secteurs comme l’automobile qui souffrent et une horlogerie, notamment côté suisse, qui traverse une période très compliquée. Cela se ressent immédiatement sur les chiffres du chômage. L’autre facteur, c’est que des entreprises arrivent au bout des aides auxquelles elles ont droit depuis 2020 dans l’activité partielle de longue durée. Certaines aussi remboursent leur P.G.E. et présentent des trésoreries fragiles, avec déjà des licenciements dans certains secteurs. Raison pour laquelle nous avons mis en place une cellule de suivi de l’activité économique notamment dans le Nord Franche-Comté, et nous continuons à soutenir les gros investissements productifs avec des dossiers d’importance comme Sycrilor à Charquemont par exemple. Le dispositif France 2030 de soutien aux projets se poursuivra, en dépit du petit stand-by lié à l’attente de vote du budget en France. Sur le plan économique, la majorité des programmes de soutien seront renouvelés. Mais il va en effet falloir de l’engagement de tous les acteurs de l’économie.
Vous êtes arrivés il y a un an avec une première sortie au rond-point de l’Alliance à Étalans face aux agriculteurs en colère. Les choses se sont-elles apaisées pour l’agriculture locale ?
R.B. : Le Doubs a la chance d’avoir une agriculture solide avec des filières porteuses, ce qui explique sans doute le peu de manifestations constatées. Les questions de simplification administrative touchent bien sûr les exploitants du Doubs aussi. Mais sur ce volet administratif, tout est en cours de traitement et la loi d’orientation agricole devrait être votée assez rapidement. De notre côté aussi, on continue à soutenir la Région pour le versement du F.E.A.D.E.R. Les prochains défis de notre agriculture, c’est notamment l’adaptation à l’évolution du climat, également l’application de la loi Égalim. Sur ce point, on a lancé un travail de fond sur la fourniture de produits issus de l’agriculture locale dans les cantines des collectivités locales. Il y a encore des marges de manœuvre. La question de l’épandage des boues dans le cadre de l’évolution du cahier des charges des A.O.P. fromagères sera également à traiter.
Qu’en est-il du loup dans le massif jurassien ?
R.B. : Le nouvel arrêté interministériel est en cours de validation. Il permettra de sécuriser juridiquement les tirs de défense. Cela permettra aussi de conforter ce que nous avons mis en place concernant la protection des élevages bovins, spécifiques à notre massif.
Au volet infrastructures routières, le trafic des poids lourds sur la R.N. 83 sera-t-il régulé ?
R.B. : Sur ce dossier, nous avons travaillé en toute transparence avec les associations impliquées et les élus. Une étude a été lancée, financée par l’État, pour objectiver la réalité du trafic et pour voir, sur le flux total, à quelle hauteur se situe le trafic des poids lourds qui shuntent l’autoroute. Désormais, nous réfléchissons aux meilleures solutions possibles et si on trouve les voies et les moyens pour faire baisser ce trafic supplémentaire, on le fera. Les solutions seront proposées au cours de ce premier semestre.
Et sur l’autre route nationale, la R.N. 57 dont le tronçon de Devecey vient d’être inauguré, la section Beure-Micropolis sera-t-elle enfin réalisée ?
R.B. : Cette section est intégrée à l’actuel contrat de plan État-Région, les procédures sont lancées et il n’y a aucune raison de penser que ça ne se fera pas. Je crois savoir que toutes les collectivités locales concernées se sont prononcées en faveur de ce chantier. Il ne faut pas perdre de vue que, même si par ailleurs des investissements significatifs sont mis sur le rail, sur le covoiturage aussi, les déplacements en Bourgogne-Franche-Comté se font, à 95 % d’entre eux, en voiture.
Et dans la partie haute de la R.N. 57 du côté du Haut-Doubs ?
R.B. : Le même contrat de plan prévoit bien le financement des travaux de franchissement de Pontarlier à hauteur de 10 millions d’euros. Toutes les procédures sont lancées sur ce dossier et les travaux se concrétiseront dans les années à venir. Ils devraient permettre de gagner 15 minutes de temps de parcours. Il y a d’autres projets comme certains créneaux de dépassements du côté de la Vrine. Ceux-ci devraient être calés dans le contrat de plan suivant, c’est-à-dire après 2027, et l’enjeu est que les études soient conduites avant.
Que dites-vous aux collectivités qui craignent des coupes sombres dans les dotations de l’État ?
R.B. : Rien n’est encore arrêté pour les collectivités locales tant que le budget de l’État n’est pas voté, et nous savons que nous aurons besoin collectivement de faire des efforts. Mais faire des efforts, ce n’est pas tout arrêter. La grande majorité des actions de l’État seront confirmées et l’essentiel des dotations continueront à être délivrées.
En 2024, trois communes nouvelles issues du regroupement de plusieurs communes sont nées. Y en aura-t-il en 2025 ?
R.B. : Il n’y en aura pas cette année, simplement parce qu’en 2026 il y aura les élections municipales et l’échéance est trop proche. Pour les communes, et les collectivités locales au sens plus large, 2025 sera également l’année où on affinera la territorialisation de la planification écologique. C’est également un des enjeux importants de l’année.